La géo-ingénierie : plus de mal que de peur

Geoengineering cartoonPendant la semaine qui a précédé la parution du 5ème rapport du GIEC, on a pu lire dans la presse que les négociations  étaient bloquées par les Russes, qui s’obstinaient à vouloir ajouter au rapport un paragraphe sur la géo-ingénierie. Cette tentative fut rondement condamnée par les commentateurs, à juste titre : on ne peut raisonnablement ajouter un paragraphe – comme ça, à la dernière minute – à un rapport comme l’AR5, qui est le fruit de sept années de travail, surtout quand il s’agit d’un sujet que les scientifiques ont jugé bon d’omettre. Mais voilà que les Russes ont eu gain de cause : pourquoi être raisonnable s’il suffit d’être têtu ?

L’effet de ce « succès » russe est tout sauf anodin : désormais, il est permis d’évoquer la géo-ingénierie dans le cadre d’un rapport du GIEC. Et ça, c’est pas une bonne chose. La géo-ingénierie doit rester le choix du tout dernier ressort, pour la bonne et simple raison que, par définition, on ne peut pas l’expérimenter : on aurait un essai, un seul, et le risque de transformer la biosphère de manière catastrophique et irréversible serait astronomique. Alors pourquoi les Russes ont-ils insisté ?

L’économie de la Russie est basée sur l’exploitation de l’énergie fossile : sans ses exportations de pétrole et de gaz, elle s’effondrerait. Pire, cet effondrement peut se faire par anticipation. Au niveau comptable, les réserves de pétrole et de gaz, identifiées mais non exploitées, ont une valeur qui va chercher dans les millions de millions de dollars. Si demain, suite à une prise de conscience globale (franchement inimaginable mais admettons…) tout le monde se mettait d’accord pour interdire l’exploitation de l’énergie fossile à partir de 2030, par exemple, l’effet comptable serait immédiat : le compte de résultat russe deviendrait aussitôt une fiction et le pays n’aurait de choix que de déclarer faillite.

La géo-ingénierie offre aux Russes la possibilité de poursuivre la voie du business as usual en attendant un fixe global aussi illusoire fût-il. Ça arrange l’industrie pétrolière, qui continue à empocher, et ça arrange les politiques, qui n’ont ainsi pas à envisager le changement radical. Bien d’autres pays sont dans une situation similaire et je ne doute pas qu’ils aient encouragé les Russes (d’une manière ou d’une autre) pendant les négociations de Stockholm.

Mais le fait d’avoir admis la géo-ingénierie en tant que solution éventuelle n’est pas de bon augure.

Advertisements
This entry was posted in Changement climatique, Climate change, In French and tagged , , , , , , , . Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s