Et si on changeait l’école… radicalement ?

Je ne saurais pas dire à quel moment le rôle de l’école a changé, ni même à quelle période, mais personne ne peut nier que de nos jours ce rôle consiste à préparer les enfants pour le monde du travail. Certes, nous sommes quelques-uns à dire que l’école devrait plutôt permettre aux enfants de participer à l’histoire du monde, mais nous ne sommes pas près d’être majoritaires. Quoi qu’il en soit, le monde d’aujourd’hui est synonyme du travail et le travail sert à générer des bénéfices toujours plus grands pour un nombre de personnes toujours plus restreint. Pour ce faire, il faut concevoir, fabriquer, distribuer et vendre des choses le plus efficacement possible, peu importe que celles-ci soient ou non enrichissantes pour le patrimoine culturel de l’humanité ou même utiles. Le travailleur doit être toujours plus “productif” et vite dépenser tout ce qu’il gagne. C’est comme une danse rituel, aussi macabre que frénétique.

Mais cela ne pourra pas durer. D’une manière ou d’une autre, le monde va changer. Ce changement va impacter tout ce que nous pensons savoir et il reste à voir si nous saurons le maîtriser, le façonner, ou s’il se passera dans le conflit et le sang.

La cause de ce chamboulement, c’est bien sûr le réchauffement global. Dans les deux ou trois décennies à venir, ses effets seront devenus incontournables et — enfin — source d’urgence. Le déplacement des zones arables, confirmé par les mauvaises récoltes en série, se concrétisera par un manque à gagner pour les riches et la famine pour les pauvres ; les événements météorologiques extrêmes, toujours plus fréquents et plus violents, auront révélé la fragilité de nos infrastructures ; et, surtout, la montée des océans provoquera la panique des populations et l’implosion du système financier mondial. Plus généralement — et c’est là où le bât blesse — nous ne pourrons plus compter sur nos sources d’énergie. Les réseaux de distribution, fragilisés par les tempêtes, seront sous la menace constante de la mise hors service des centrales génératrices, les unes après les autres, comme autant de dominos.

Dans ce monde nouveau à l’ancienne, il faudra que les gens soient capables de faire des choses pour eux-mêmes et qu’ils sachent donc travailler le bois, le fer, le cuir et le tissu : autant de métiers qui ne s’apprennent pas en cinq minutes. Il faudra que l’on soit capable de concevoir et de construire localement les outils mécaniques dont on a besoin au jour le jour. Il faudra également réapprivoiser la notion de temps : le temps nécessaire pour faire quelque chose. Aujourd’hui tout dois aller vite, because time is money ; demain il sera plus important de bien faire, quitte à y passer plus de temps. Cela revient à réapprendre la valeur intrinsèque des choses et la leçon sera dure. Plus vite on s’y attèle, mieux ce sera.

Paradoxalement, si par quelque miracle nous arrivions à éviter la catastrophe climatique, nous pourrions nous trouver dans une situation semblable quand même, car nous allons vers un futur où tout le travail ou presque sera confié à l’ordinateur.

Depuis 40 ans la puissance de nos ordinateurs double tous les deux ans. Ne vous laissez pas tromper par ce qui semble être une évolution linéaire sur ce graphique, qui est basé sur une échelle logarithmique (regardez l’axe vertical), il s’agit bien d’une courbe exponentielle. Et le nombres sont déjà sérieusement grands : 34.000.000.000.000.000 opérations par seconde. Ça a beau être impressionnant, c’est incompréhensible pour le commun des mortels et il faut recourir à des comparaisons pour se faire une idée de ce qui se passe.

En 1980 je travaillais comme pupitreur au siège d’un grand groupe de distribution qui disposait d’un ordinateur tout neuf. Il occupait 100m2 et fonctionnait seulement entre 19 et 19,5°C. Quant à sa puissance, elle était quatre mille fois inférieure à celle du laptop sur lequel je travail aujourd’hui, qui est lui-même 1.500.000 fois moins puissant que le Tianhe-2 mis en service en Chine en juin 2013. En même temps, le coût diminue d’une manière tout aussi vertigineuse. 1 GFLOP qui coûtait encore $42.000 en 1984 ne vaut plus que $0,16 !

Où cela en finira-t-il ? Eh bien, qui dit que ça doit finir ? Il semble probable que nous arriverons aux limites physiques des circuits imprimés dans les 10 à 15 ans à venir, mais d’ici là nous disposerons sans aucun doute d’une nouvelle technologie et ça repartira pour de nouveaux sommets.

L’impact social de ce changement sera sans précédent. et il reste à voir comment nous pourrons faire en tant que société pour le gérer sur le plan économique. Ce que nous voyons déjà, avec une tranche de la population devenue quasiment non employable, n’en est que le début. Comment tous ces gens vont-ils s’occuper si ce n’est en faisant quelque chose d’utile… avec leurs mains ?

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