Changement climatique : l’AAAS sort de ses gonds

En tant que scientifiques, il ne nous appartient pas de dire aux gens ce qu’ils doivent faire ou croire au sujet de la menace croissante du changement climatique. Toutefois, nous estimons qu’il relève de notre responsabilité professionnelle de nous assurer, autant que faire se peut, que les gens comprennent ce que nous savons : le changement climatique anthropogénique est une réalité, nous sommes face au risque de changements abruptes, imprévisibles et potentiellement irréversibles, et agir maintenant diminuera le risque et le coût d’une prise d’action.

C’est dans cet article de Nick Cohen pour l’Observer que j’ai trouvé un lien vers ce rapport de l’AAAS (American Association for the Advancement of Science), dont j’ai traduit le paragraphe ci-dessus. La nomenclature des “associations”, des “instituts” et d’autres groupuscules de lobbyistes pervertis est un véritable champ de mines, et le sigle AAAS ne me disait rien. J’ai donc pris le temps d’aller voir sur le site afin de mieux évaluer ses opinions. Bien sûr, tout est en anglais (Eh, ce sont des Américains, hein ?) et je n’ai rien trouvé dans Le Monde à ce sujet ; alors — une fois n’est pas coutume — j’ai traduis la présentation qui suit :

L’AAAS est la plus grande organisation non-gouvernementale au monde dont les membres sont des scientifiques de toutes disciplines. Elle est l’éditeur de Science, l’une des revues scientifiques les plus respectées. Sa mission est de “faire avancer la science au bénéfice de tous”. Ses objectifs : être la voix de la science sur des questions de société et promouvoir l’exploitation responsable de la science en matière de politique publique. A l’intersection de la science et de la société, le changement climatique est peut-être la question la plus importante de toutes et le projet “Ce que nous savons” (What We Know) est notre réponse à cette réalité. Le projet “Ce que nous savons” a pour but d’assurer que les trois Rs du changement climatique soient communiqués au public :

— Le premier, c’est Réalité : 97% sont de l’avis que ce qui se passe est bien du changement climatique anthropogénique.
— Le deuxième, c’est Risque : la réalité du changement climatique s’accompagne d’impacts auxquels il faut s’attendre, mais on doit aussi tenir compte de ce qui pourrait se produire, surtout la possibilité — petite mais réelle — de changements abruptes ayant des impacts massivement perturbateurs.
— Le troisième R, c’est Réponse : il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire et plus vite nous commençons, mieux ce sera.

Pendant les mois à venir, le projet “Ce que nous savons” fera appel à des scientifiques communicateurs, des économistes, les représentants de communautés et le grand public, par le biais de réunions et d’une campagne médiatique. Pour piloter le projet “Ce que nous savons”, l’AAAS a réuni un groupe de climatologues éminents qui s’attaqueront au fait que beaucoup d’Américains croient toujours, à tort, que la communauté scientifique  reste divisée sur le changement climatique. Les Américains ne sont pas au courant de tous les risques, probables et possibles, présentés par le changement climatique aux Américains aujourd’hui et à l’avenir.

L’avertissement de l’AAAS est, comme le dit Cohen, l’équivalent scientifique d’un hurlement de rage et frustration. Il se demande pourquoi ça ne fait la Une des journaux du monde entier : excellente question que je me pose tous les jours. Cohen évoque les milliards de dollars dépensés par l’industrie des énergies fossiles pour maintenir en vie le faux débat et tordre la perception du grand public en manipulant les “informations” auxquelles il a accès. Il reconnaît que le quotidien d’un journaliste est fait de pressions en tous genres, dont certaines sont plus douteuses que d’autres. Mais il reconnaît également qu’il pourrait publier un article sur le changement climatique tous les jours sans que ça n’ait la moindre influence sur l’opinion publique. Enfin, il fait référence à l’explication de l’Australien Clive Hamilton, auteur de Requiem pour une espèce : la “dissonance cognitive”.

 L’engagement des gens qui refusent d’admettre la réalité du changement climatique est total. Il va de paire avec leur soutient pour l’économie libérale, leur opposition à tout ce qui relève d’une intervention étatique et leur haine des écologistes qui mangent du quinoa et se déplacent dans de ridicule petites voitures électriques. S’ils avouaient s’être trompés sur le changement climatique, ils devraient peut-être avouer qu’ils ont tort sur tout le reste et toute leur identité politique s’effilocherait.

 

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